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04 Jun

Les mystères engloutis d’Egypte refont surface au musée

Publié par Diarium  - Catégories :  #Science-Technologie

Les mystères engloutis d’Egypte refont surface au musée

A Londres, le British Museum expose des centaines d’objets issus de deux cités égyptiennes englouties. On y découvre les civilisations grecque et égyptienne, qui s’y sont côtoyées, sous un regard nouveau

 

Un géant de plus de cinq mètres, tout en granite rose, garde l’entrée du port de Thonis-Héracléion. Dans ses mains, un plateau avec des jarres et des vases contenant diverses offrandes destinées aux dieux de l’ancienne Egypte. C’est ainsi que Hapy, avatar du Nil en crue, accueillait au quatrième siècle avant notre ère les marins venus de la Méditerranée pour commercer avec le royaume des pharaons. Avant de sombrer dans la mer probablement lorsque la cité, telle une Atlantide égyptienne, fut envahie par les eaux à la suite de séismes et de tsunamis aux alentours du IIe siècle de notre ère.

 

Retrouvé en 2001, Hapy peut à nouveau accueillir des visiteurs, mais d’un tout autre genre: il s’agit de ceux du British Museum, théâtre de l’exposition Sunken Cities – Egypt’s Lost Worlds. L’exhibition dévoile le résultat des fouilles archéologiques sous-marines effectuées depuis 1996 sur les sites des cités voisines de Thonis-Héracléion et de Canope. Un terrain de fouilles de 90 hectares pour la seule ville de Thonis-Héracléion, dont moins de 5% ont été explorés à ce jour.

 

Mixité gréco-égyptienne

 

 

Fondées à l’embouchure occidentale du Nil vers le VIIe siècle av. J.-C., Thonis (le nom égyptien d’Héracléion) et Canope étaient des ports dynamiques, lieux de rencontres privilégiés entre l’Egypte et le reste du monde méditerranéen, notamment les Grecs et les Phéniciens. Tout cela trois siècles avant la fondation d’Alexandrie. Arts, religion, économie… Les deux cultures s’y sont mutuellement inspirées durant des siècles.

 

«Les Grecs étaient au départ assujettis à l’autorité des pharaons, mais les choses ont changé après la conquête de l’Egypte par Alexandre le Grand en -332 et l’établissement de la dynastie des Ptolémée, d’ascendance greco-macédonienne», détaille Aurélia Masson-Berghoff, égyptologue et commissaire de l’exposition. Nouveaux dieux, nouveaux temples, nouvelles coutumes: l’arrivée des Ptolémée a marqué un tournant.

 

C’est ce thème que propose d’examiner Sunken Cities, en promettant de montrer «comment l’exploration de ces deux cités englouties transforme notre compréhension des relations entre l’Egypte antique et le monde grec», écrit le British Museum dans un communiqué.

 

Indiana Jones aquatique

 

La visite commence donc sous le regard bienveillant de Hapy. Clin d’oeil de l’histoire, c’est cette statue que l’archéologue Franck Goddio, fondateur de l’Institut européen d’archéologie sous-marine, a découverte en premier, comme si la divinité invitait cet Indiana Jones aquatique à visiter la ville engloutie. Trônant aujourd’hui dans une pièce sombre, devant un fond bleu rappelant son origine sous-marine, Hapy semble avoir déclenché une nouvelle crue submergeant les visiteurs.

 

Tous les vestiges présentés au Museum doivent leur présence à cet archéologue. Bien que des textes mythologiques ou historiques, notamment ceux d’Hérodote, fassent allusion à ces deux cités, on les pensait disparues pour toujours. Repérées par des avions survolant la baie d’Aboukir en 1933, des traces de bâtiments relancèrent l’intérêt pour ces cités. Ce n’est toutefois qu’en 1996 que les véritables fouilles ont démarré, principalement grâce au travail de Franck Goddio qui a su utiliser des technologies d’imagerie radar et de résonance magnétique nucléaire pour sonder le fond marin et quadriller la zone où les temples et les statues se dissimulent sous plusieurs mètres de sédiments, à une dizaine de mètres sous la surface.

 

Les Grecs, invités puis monarques

 

Des stèles, des bijoux, des pièces de monnaie… La moisson d’objets est constante. D’autres statues ont été remontées des profondeurs, tel ce couple royal d’une taille comparable à celle de Hapy. Identifiés comme un pharaon et une reine de la dynastie des Ptolémée, ils sont représentés avec de nombreux traits égyptiens, de la posture, pied droit en avant, à la coiffe symbolisant l’union de la Haute et de la Basse Egypte. «Il importait aux Ptolémée de légitimer leur pouvoir aux yeux des Egyptiens», dit Aurélia Masson-Berghoff. Franck Goddio et son équipe ont même repéré 69 navires grecs et égyptiens, témoins de la présence effective des deux civilisations dans un seul et même port.

 

Je ne voulais pas que l’eau cesse de couler sur la statue, de peur que ce spectacle ne prenne fin

 

Les rites religieux sont un bon exemple de cette cohabitation. Une pierre tombale d’une certaine Piabrm, femme ou fille d’un mercenaire grec engagé dans l’armée égyptienne, est décorée de bas-reliefs représentant les célèbres dieux égyptiens Osiris et Apis, tandis que plus bas des pleureuses s’entaillant le front, coutume funéraire répandue chez les Grecs.

 

Sensuelle Arsinoé

 

Un mélange des genres que l’on retrouve aussi chez les artistes. Certainement l’une des pièces maîtresses de l’exposition, la statue d’Arsinoé II illustre la fusion parfaite des arts grec et égyptien.

 

Erigée en avatar de la déesse grecque Aphrodite, déesse de la beauté et protectrice des marins, elle est faite d’une pierre noire – de la granodiorite – polie avec obsession, de façon à reproduire à la perfection la peau de cette reine déifiée et adorée des Grecs comme des Egyptiens. Le tissu sur son corps est d’une finesse telle qu’on a l’impression que la statue vient de sortir de l’eau. Franck Goddio se souvient avec émotion de l’eau ruisselant sur la peau de la reine, juste après sa découverte: «Je ne voulais pas que l’eau cesse de couler sur la statue, de peur que ce spectacle ne prenne fin», raconte l’archéologue dans le guide audio de l’exposition. Grâce au talent du sculpteur, l’effet a été préservé.

 

«La Mer des Grecs»

 

Les relations entre Grecs et Egyptiens ne se sont pas limitées à ces domaines: l’économie aussi en a bénéficié. Découverte à Thonis-Héracléion dans un impressionnant état de conservation, une imposante stèle de granite couverte de hiéroglyphes renseigne sur les relations précoces entre ces deux peuples, avant que les Grecs ne s’emparent du pays.

 

Elle est présentée comme un décret royal édicté en -380 par le pharaon Nectanébo Ier. Le roi y stipule que 10% des taxes perçues à Thonis-Héracléion sur les biens importés de «la Mer des Grecs», nom de la Méditerranée, devront à perpétuité être reversées à la déesse Neith, protectrice de sa dynastie. Une copie quasi identique de la pierre avait été découverte en 1899 à Naucratis, ville-jumelle de Thonis-Héracléion située quelques dizaines de kilomètres en amont du Nil. Assujettis à l’impôt, les Grecs ont donc rempli les coffres du trésor royal, marquant le début d’une période de prospérité économique. L’introduction par ces derniers de la monnaie vers -300, comme l’attestent de nombreuses pièces d’or, y a aussi contribué.

Des centaines d’années de travail

 

Au fur et à mesure de la progression dans cette exposition sous-marine, une certaine confusion s’installe toutefois. De nombreuses pièces en provenance de divers musées égyptiens côtoient celles retrouvées au fond de la mer, identifiées par un hiéroglyphe.

 

C’est sans doute le seul reproche que l’on peut faire à Sunken Cities: sur les quelque 300 objets offerts au regard des visiteurs, il est regrettable que seuls 200 proviennent des eaux de Thonis-Héracléion et de Canope. Il y avait pourtant de la matière, puisque 25 000 ont été repêchés depuis 1996! Certes, la plupart d’entre eux ne sont pas dans un excellent état de conservation comparés à ceux qui ont traversé les âges dans le sable sec du désert, à l’abri de l’eau, du sel et des micro-organismes.

 

Nous avons encore devant nous quelques centaines d’années de travail à abattre

 

«Nous avons présenté les choses les plus importantes, justifie la commissaire. Beaucoup d’aspects de la vie quotidienne à cette époque demeurent difficiles à cerner car les vestiges ont été détruits, ou attendent d’être découverts. Nous avons donc présenté des objets issus d’autres musées pour dresser un tableau le plus complet possible».

 

Malgré tout, Sunken Cities reste une somptueuse exposition qui ne montre que les prémices des plus grandes fouilles sous-marines jamais entreprises. «A la fin de chaque expédition, on croit que l’on ne retrouvera jamais de plus beaux objets. Et bien si: c’est à chaque fois un bonheur renouvelé de découvrir de nouveaux trésors et des temples entiers. Nous avons encore devant nous quelques centaines d’années de travail à abattre», conclut en fin d’exposition, optimiste, Franck Goddio.

 

 

 

Source : Le Temps

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