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06 Apr

Du Conseil de l’ordre des médecins à l’Education nationale, la France peine à dénoncer les pédophiles

Publié par Diarium  - Catégories :  #Monde-Politique

Du Conseil de l’ordre des médecins à l’Education nationale, la France peine à dénoncer les pédophiles

Les affaires de pédophilie empoisonnent la France. «C'est dans l'air» épinglait hier les institutions de l'Hexagone qui entravent les dénonciations, parmi lesquelles, l'Ordre des médecins

 

«Existe-t-il une omerta (en France) au sein de l’Eglise et de l’Education nationale sur les affaires d’abus et de crimes sexuels? Comment mettre fin aux scandales de pédophilie?», c’est par cette question que l’une des émissions phare de France Télévisions, C dans l’air, lançait hier soir sa réflexion.

 

Facteur déclenchant de la discussion, comme l’explique le texte d’amorce du magazine quotidien sur sa page internet, l’affaire Romain F.: «les faits avaient choqué tout le pays et ébranlé l’an dernier l’Education nationale. Le directeur d’école de Villefontaine dans l’Isère, Romain F., 46 ans, avait été mis en examen et écroué pour des viols commis sur des élèves – la justice évoque plus de 60 victimes potentielles dans différents établissements scolaires où a officié l’enseignant. Incarcéré à la prison de Lyon-Corbas, il a été retrouvé mort ce mardi, pendu dans sa cellule.»

 

■ L'Education nationale

 

C dans l’air rappelle alors les cafouillages sans précédent entre les ministères de la Justice et ceux de l’Education nationale qui avait conduit l’Education nationale à maintenir en poste le prédateur. «Un loupé qui avait semé effroi et colère. La ministre Najat Vallaud-Belkacem et la garde des Sceaux d’alors Christiane Taubira avaient reconnu des carences dans le système et promis une loi. Alors que ce texte est en passe d’être adopté un an après, le traumatisme reste vivace dans les familles meurtries qui, au fil de l’enquête, ont découvert avec horreur des détails sordides, et attendaient beaucoup d’un procès.»

 

Et l’émission d’évoquer une autre affaire également, survenue dans la ville de Courbevoie cette fois, et qui connaissait, au début de l’année un rebondissement qui avait lui aussi suscité la polémique entre les institutions et les différentes autorités. Voici ce qu’en écrivait, alors, Le Parisien: «Du nouveau dans l’affaire de l’animateur soupçonné de pédophilie à Courbevoie. Ce lundi soir 4 janvier, lors du conseil municipal, l’opposition a interrogé la majorité sur les zones d’ombre qui résident depuis la mise en examen d’un animateur qui travaillait à l’école élémentaire Logie. Il aurait reconnu avoir agressé sexuellement une dizaine d’enfants, des garçons âgés de 5 à 8 ans. Mais, début décembre, une nouvelle information a noirci un peu plus le tableau: l’animateur de 26 ans avait déjà été suspendu en septembre 2013, après deux signalements de parents en décembre 2012 et en août 2013. Avant d’être réintégré dans une autre école quatre mois plus tard. «Pour quelle raison l’autorité judiciaire n’a pas été informée en août 2013, sachant qu’il y avait un précédent?»

 

■ Deux autres ministères en cause

 

Dans ces deux cas, c’est l’Education nationale et différents autres ministères qui sont en cause. Et le moins que l’on puisse dire est que, le suicide, survenu hier, d’un des inculpés, nourrit une très grande colère chez les parents des enfants agressés. Le Figaro raconte: «Le directeur avait déjà tenté de mettre fin à ses jours l’été dernier, en avalant des médicaments. Il avait été découvert à l’aube dans sa cellule, puis pris en charge par les services d’urgence. Sébastien, le père d’une des victimes, a manifesté sa colère contre l’administration pénitentiaire auprès de RTL. «Je suis en colère, j’ai envie de tout niquer. Parce qu’il s’est suicidé il est parti en tant que présumé innocent! Il ne sera jamais jugé, nos enfants ne seront jamais reconnus comme des victimes! Je vais intenter une action au tribunal contre la pénitentiaire!», s’indigne le père de famille. Le ministère de la Justice a annoncé dans la foulée l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances exactes de ce décès.».

 

Même indignation, même constat d’impuissance, hier, d’un père de famille qui se confie aux caméras de C dans l’air: l’absence de procès pour cause de disparition de l’inculpé prive toutes les familles et toutes les petites victimes du nécessaire travail de reconstruction et de justice.

 

■ L’Eglise

 

Mais l’onde de choc des affaires d’agressions sexuelles contre des mineurs ne s’arrête désormais plus à l’éducation nationale française. L’Eglise de France, elle aussi, fait parler d’elle. En l’espèce dans le cas du primat des Gaules, le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, dont le moins que l’on puisse dire et qu’il est long à la détente pour saisir l’ampleur des dégâts dans son diocèse. Raison pour laquelle C dans l’air avait convié un de ses confrères et ancien porte-parole de la conférence épiscopale de France, l’évêque de Pontoise, Mgr Stanislas Lalanne, responsable par ailleurs de la cellule de veille de l’Église contre la pédophilie. Qui n’a cessé de répéter que l’Eglise de France s’était réveillée sur la question, surtout depuis 2000. Aura-t-il été entendu par les spectateurs? Pas sûr à entendre trois des victimes d’un des pères incriminés à Lyon, qui dénonçaient en termes fort peu diplomatiques l’inertie de l’Eglise encore et toujours aujourd’hui – à leurs yeux.

 

Le problème, soulignait hier soir Pierre Lassus, psychothérapeute, directeur général honoraire de l’Union française pour la sauvegarde de l’enfance et administrateur de l’Institut de victimologie, c’est que les institutions françaises ont été éduquées à ne pas écouter l’enfant, à s’en méfier fondamentalement, à mettre, a priori, en doute sa parole, à lui demander, à cet enfant, de respecter d’abord ses parents.

 

■ L’armée, les grandes entreprises

 

Le problème aussi, pour un autre invité de l’émission, le journaliste Serge Garde, «qui enquête depuis longtemps sur les réseaux pédophiles, et la façon dont on les traque.», c’est l’omerta des institutions. Au nom de quoi il a ajouté au cortège où défilent déjà l’Education nationale et l’Eglise, l’Armée française (pour le comportement criminels de certains de ses soldats en Centre Afrique, enquête en cours). Il a ajouté certaines des grandes entreprises de l’Hexagone, lançant à la cantonade des accusations extrêmement vives contre un opérateur téléphonique.

 

■ L’Ordre des médecins

 

Et il a ajouté, à la stupéfaction générale du plateau d’Yves Calvi, le Conseil de l’ordre des médecins. Le Conseil de l’ordre des médecins? Oui, le Conseil de l’ordre des médecins qui a condamné une centaine de médecins généralistes parce que, selon Serge Garde, ils ont signalé des cas de maltraitante sexuelle. Parmi lesquels une femme médecin «condamnée par l’Ordre à neuf années d’interdiction d’exercice pour avoir fait des signalements». Hier soir, oui, on pouvait légitimement penser qu’une certaine omerta règne en France sur la question.

 

 

 

Source : Le Temps

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